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Lorganisation “The Last Great Ape” (LAGA) est une organisation de terrain, fondée en 2002 en Israël (elle est d'ailleurs membre du rassemblement des ONG internationales humanitaires israéliennes « IsraAID »), pour améliorer l’efficacité du respect des lois locales cruciales pour la survie des animaux menacés d’extinction. En 2003, le Ministre de l’Environnement et des Forêts du Cameroun a initié une collaboration fructueuse avec LAGA pour la prévention des infractions sur les espèces sauvages. LAGA est donc la première ONG spécialisée dans l’application de la loi au Cameroun. LAGA fournit son assistance dans les enquêtes et dans des mesures opérationnelle et légales appropriées et apporte son aide dans les domaines de l’éducation publique et des médias pour aider le gouvernement à combattre les infractions sur les espèces sauvages. Depuis le début de ce projet-pilote, des progrès remarquables ont été constatés dans les efforts de mise en application des lois. LAGA a initié plusieurs centaines d'enquêtes, mené à bien 16 une bonne vingtaien d'opérations qui ont conduit à plusisuers dizaines de procès, obtenu un taux d’emprisonnement moyen de 85 pourcent, et sensibilisé les institutions judiciaires et le public au sujet de la gravité des infractions sur les espèces sauvages par le biais de centaines d’histoires publiées par les médias. Durant cette période, LAGA a confisqué et réintroduit des chimpanzés, dénoncé le commerce international de l’ivoire entre plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’extrême Orient, et réalisé des enquêtes sur le commerce illicite de peaux de lion et de singes vivants. Pour ses efforts dans la lutte contre les infractions sur les espèces sauvages, LAGA s'est vue décerner en 2007 le prix Clark R. Bavin par la Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction).

LAGA a été fondée et est dirigée par un Israélien d'une trentaine d'années amoureux de l'Afrique pour y avoir déjà passé huit années de sa jeune existence : Ofir Drori.


La saga d'Ofir, la terreur des braconniers (Frédéric Lewino – magazine Le Point- juillet 2008)

Ce jeune Israélien traque sans pitié les trafiquants d'ivoire et de faune sauvage au Cameroun. Son organisation démantèle un réseau par semaine, malgré les menaces de mort. Une épopée unique en Afrique centrale.

Dans la camionnette, l'air devient irrespirable. Ofir Drori sent la sueur couler sur son visage. Autour de lui, les douze gendarmes suent également à grosses gouttes. En cette fin d'avril, la chaleur moite de Brazzaville n'y est pourtant pour rien. La raison de cet état, c'est la peur ! La grosse peur de se faire attaquer dans ces rues étroites par une bande d'hommes armés. Pourtant, c'est le jeune Israélien qui encourage ses compagnons. Il leur répète que leur devoir leur impose de perquisitionner la villa du trafiquant d'ivoire arrêté en ville une heure plus tôt. Voilà six ans que cet homme d'allure fragile, mais à la volonté de fer, a fondé l'organisation Laga, afin d'obliger les autorités à appliquer la législation antibraconnage. La camionnette freine brutalement devant le logis du trafiquant. Ofir jette un coup d'oeil nerveux vers l'arrière : aucune voiture ne les suit. Nous avons trois minutes pour saisir la marchandise illégale. Au-delà, des amis du trafiquant, alertés, peuvent nous tomber dessus , explique l'ancien officier israélien. Le commando est reparti, sain et sauf, avec 40 kilos d'ivoire et des peaux, de quoi envoyer le trafiquant en prison durant des années, sauf... corruption.

C'est que le Congolais arrêté n'est pas n'importe qui. Il s'agit de François Ikama, sculpteur célèbre et père d'un homme d'affaires proche de l'actuel gouvernement. En préparant le traquenard, Ofir s'était bien gardé de le préciser aux gendarmes, de peur qu'ils ne refusent de coopérer. Avec raison, car en apprenant son nom certains voulaient le relâcher immédiatement. Sans un capitaine ayant le sens du devoir, l'opération aurait capoté. Le lendemain, Ofir se rendra lui-même à la prison pour s'assurer de la présence d'Ikama. Déjà, un général avait fait pression pour le faire libérer...

Cette opération est la première qu'Ofir Drori mène hors du Cameroun, où il a fondé LAGA en 2002. Avant sa venue, jamais aucune condamnation n'avait été prononcée dans ce pays, malgré une réglementation très stricte sur la protection de la faune. En 2007, LAGA a mené 294 enquêtes ayant débouché sur 48 arrestations. Parmi les objets saisis : 1 220 perroquets gris à l'aéroport de Douala (valeur 800.000 dollars), un hippopotame vivant de 600 kilos en partance pour le Pakistan, plusieurs centaines de kilos d'ivoire, des dizaines de peaux de lion et de panthère, mais aussi des mains et des têtes de gorille, et plusieurs bébés chimpanzés. En 2006, LAGA fit un de ses plus beaux coups : 3,5 tonnes d'ivoire saisies à Douala avant leur expédition pour la Chine. Mais les douaniers ont laissé partir les trafiquants chinois, protégés en très haut lieu... Un tableau de chasse inégalé dans toute l'Afrique, qui vaut à LAGA une renommée mondiale.

Un activiste franc-tireur : De retour à Yaoundé après son expédition réussie à Brazzaville, Ofir nous reçoit dans son appartement. Celui-ci est coupé en deux par un rideau. D'un côté, il y a son coin de vie, partagé avec sa femme, une primatologue française ; de l'autre, son QG, occupé, le jour, par la douzaine de Camerounais membres de son organisation. Rien à voir avec le confort d'une ONG occidentale. Mais cet Israélien a toujours été un franc-tireur. En 2002, quand il débarque au Cameroun, voilà déjà plusieurs années qu'il bourlingue en Afrique. Il y visite à pied d'innombrables tribus, à qui il demande l'hospitalité. Il dort en pleine nature avec les lions. Il entame une traversée de l'Afrique avec un dromadaire. Mon hymne, c'est Ma liberté, de Moustaki , confie-t-il. Fervent défenseur des droits de l'homme, admirateur tout à la fois de Gandhi et de Che Guevara, il parcourt les camps de réfugiés et les zones de conflits, leur consacrant des articles dans la presse israélienne. C'est ainsi qu'un beau jour il débarque au Cameroun pour écrire un reportage sur le trafic de viande de brousse. Une sinécure, croit-il.

Dans un village, un braconnier lui propose d'acheter une jeune femelle chimpanzé pour 100.000 francs CFA (150 euros). Elle était enchaînée, prostrée. On aurait dit un rat. J'ai couru chez le représentant local du ministère de la Faune, mais il m'a répondu qu'il ne voulait pas d'histoire avec les braconniers, me conseillant d'acheter le chimpanzé pour le libérer ! se souvient Ofir. Scandalisé, il revient à son hôtel. Dans la nuit, je me suis mis à rédiger fiévreusement un plan d'action pour la lutte contre le trafic d'animaux. C'était le programme de LAGA ! Il retourne voir le vendeur, décidé à lui arracher l'animal. Il lui fait lire l'article de loi stipulant une peine de prison de trois ans pour la vente illégale d'un chimpanzé et lui fait croire qu'une voiture est déjà partie de Yaoundé pour l'arrêter. Quand j'ai ajouté que je pouvais encore stopper l'affaire s'il me remettait l'animal, il m'a fait signe qu'il était d'accord. Le bluff a payé, Ofir s'enfuit à moto avec le chimpanzé, qu'il baptise Future. Sa vocation d'activiste est née.

Les débuts de LAGA sont difficiles. Ofir n'a pas d'argent, ne connaît personne et, surtout, refuse d'emprunter les chemins battus et parfois frelatés des grandes ONG occidentales. Il exclut ainsi de verser le moindre pot-de-vin dans un pays où il faut en régler dix par jour. Nous ne possédons pas de 4x4 japonais et, surtout, LAGA n'emploie aucun étranger d'abord préoccupé de sa carrière professionnelle. Peu à peu, il rassemble autour de lui une équipe de Camerounais motivés pour stopper coûte que coûte la grande tuerie. Voici Marius, l'étudiant qui travaille avec les pygmées, Julius, le policier, Vincent, l'ex-journaliste, Josias, le professeur d'histoire et de géographie qui veut libérer les gens de leur ignorance, Eunice, la femme de ménage devenue étudiante, Doma, la retraitée, Soné, qui a étudié aux Pays-Bas... C'est une grande famille dont chaque membre connaît exactement son rôle. Ofir est un as de l'organisation. Il y a les enquêteurs, qui piègent les trafiquants en se faisant passer pour des acheteurs ; les juristes, qui mobilisent et assistent les autorités camerounaises tout au long de la procédure juridique ; et, enfin, les communicants, qui informent immédiatement la presse de la moindre arrestation. Dès qu'une affaire est évoquée à la radio ou dans le journal, cela met la pression sur les juges et les policiers. Du coup, ils hésitent à se laisser corrompre par les trafiquants , explique le rusé Ofir. Aujourd'hui, LAGA bénéficie de l'appui officiel du gouvernement camerounais.

La sonnerie de son portable retentit. Un grand sourire éclaire son visage. On l'a arrêté ! Il s'est présenté à la banque juste avant la fermeture ! crie-t-il à la ronde. Tout le monde se précipite pour féliciter Soné, car c'est lui qui est à l'origine de cette arrestation. Parmi les enquêteurs, il est chargé de débusquer les trafics illégaux sur Internet. Voilà quelques jours, j'ai répondu à une annonce proposant la vente d'un jeune chimpanzé. Le trafiquant m'a fait parvenir la copie d'un certificat de la Cites visiblement falsifié. Ce qui est un crime passible de prison. Pour le piéger, je lui ai écrit que j'avais viré l'argent réclamé à une banque camerounaise qui travaille souvent avec nous. Depuis le matin, Kennedy, juriste à LAGA, deux policiers et un agent du ministère de la Faune guettaient la venue du falsificateur pour l'alpaguer. C'est chose faite. A tous les stades de la procédure, Kennedy devra veiller à ce qu'aucune tentative de corruption ne puisse se produire. Il ira même voir le criminel dans sa cellule pour vérifier sa présence.

Ofir stimule sans relâche ses troupes, obnubilé par l'efficacité. Chaque centime versé par ses bailleurs de fonds (Banque mondiale, Foreign Office, Nations unies, etc.) doit être bien employé. Cet homme émacié est doté d'une énergie prodigieuse. Son combat contre le braconnage n'est pour lui qu'un premier pas dans une croisade beaucoup plus vaste qui a pour objectif de sortir l'Afrique de ses ornières. Pas moins... Avec Marius, il a créé une deuxième organisation, destinée à lutter contre la corruption. Décidément, le lascar n'a peur de rien. Pas même des menaces de mort. Du reste, il encourage chacun des membres de LAGA à voler de ses propres ailes au bout de deux ou trois ans passés dans l'organisation, à créer sa propre ONG pour défendre les femmes, les défavorisés ou toute autre cause, du moment qu'il s'agit de changer la société. Je suis un missionnaire de l'activisme , aime-t-il à répéter.

De temps à autre, Ofir retourne voir son premier amour, Future. Le bébé chimpanzé apeuré est devenu une jeune femelle espiègle vivant dans un sanctuaire protégé. Dans un an ou deux, elle sera prête pour le grand retour dans la forêt, afin d'y trouver un partenaire. Quoique abandonné, Ofir sera le plus heureux des hommes. La liberté avant tout.

Quand Ofir rencontre Eunice, cette jeune fille gagne sa vie en faisant des ménages. Il en fera une de ses meilleures enquêtrices. Dans un texte émouvant, elle raconte comment il l'a jetée dans le bain. Extraits. Au marché de Bertoua, je suis allée trouver une femme qui vendait de la viande de brousse : singes, porcs-épics, cochons sauvages... Je lui demandai si elle avait de la tortue pour ajouter à ma soupe. Elle me répondit que je devais attendre une semaine pour qu'elle puisse passer commande aux chasseurs. Elle me demanda si je voulais seulement de la viande fumée ou également de la vivante. Elle me dit qu'elle pouvait me conduire à un trafiquant vendant des gorilles vivants. Je lui dis que j'allais téléphoner à un homme blanc pour lui demander s'il avait besoin d'un gorille vivant.

Après un petit tour dans le marché, Eunice revient voir la vendeuse. La femme arrangea le prix de deux bébés gorilles pour 120.000 francs CFA [environ 180 euros]. Je lui répondis de me les céder pour 100.000 afin de faire mon bénéfice en les revendant à l'homme blanc. Le lendemain, Eunice et la femme se mettent en route pour le village des vendeurs. Elle me présenta à deux trafiquants qui m'emmenèrent dans une cuisine où les gorilles étaient enfermés. Ils étaient très petits et s'étreignaient l'un l'autre. Il y avait là cinq hommes à qui j'expliquais que je venais de Yaoundé pour acheter de la viande fumée et que par chance j'avais rencontré cette gentille femme qui m'avait amenée à eux. Je savais qu'ils me suspectaient d'être une espionne, mais je gardais mon courage. Je leur donnai mon nom et mon numéro de téléphone (tous faux). Leurs yeux étaient fixés sur moi, douze yeux incluant ceux de la femme, pour voir si j'étais une espionne ou une partenaire de business sérieuse.

Eunice finit par les convaincre de livrer les deux gorilles à Yaoundé en car afin qu'Ofir puisse les faire intercepter en route par la police. Voyant la police, le trafiquant me dit de ne pas paniquer. Pour lui, l'argent résout tous les problèmes. Il prit la boîte en carton, descendit du car et la plaça entre ses jambes. Personne ne fit attention à lui à cause de l'obscurité... Ofir vint jusqu'à moi et me demanda en français : Toi, tu parles anglais ? Il demanda à la police de me conduire dans une petite pièce de façon que je puisse lui indiquer où les gorilles se trouvaient.... Devant le vendeur, Ofir continua à m'insulter et à dire que j'irais en prison avec mon mari, me traitant de voleuse... Je tremblais.

Une comédie pour cacher au trafiquant le rôle d'Eunice. Celui-ci sera arrêté et condamné. La jeune Camerounaise aura réussi son baptême du feu. Aujourd'hui, elle étudie en Angleterre, où Ofir lui a trouvé une bourse.

Sources : site Notre planète – Magazine Le Point – Fondation CITES.

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